13 juillet 1986: Et la carrière de Jacques Laffite stoppa net

Commentateur des Grands Prix sur TF1 pendant une quinzaine d’années, Jacques Laffite a connu une carrière bien remplie en Formule 1. Malheureusement elle fut stoppée net dans le fracas du départ du Grand Prix de Grande-Bretagne à Brands Hatch le 13 juillet 1986.

Ce neuvième Grand Prix de la saison 1986, Jacques Laffite ne le sentait pas. Déjà, le fait qu’il se déroule un 13 juillet dérangeait le pilote un peu superstitieux qu’il était. Et puis depuis le début du week-end tout allait de travers. La veille il avait accroché Keke Rosberg durant la séance de qualifications ce qui l’avait relégué en fond de grille à la dix-neuvième place. Sa seule satisfaction en se levant ce dimanche matin fut de voir briller le soleil car il détestait courir sous la pluie à fortiori en queue de peloton et sur un circuit qu’il estimait dangereux.

En plus ce week-end il était l’attraction du Grand Prix car il allait égaler le record de longévité détenu par Graham Hill en prenant son 176ème départ. Cent fois il avait répondu de bonne grâce aux mêmes questions posés par les dizaines de journalistes présents dans le paddock. Damon, le jeune fils de Graham Hill qui courait en lever de rideau du Grand Prix dans une catégorie inférieure était même venu le saluer avant le départ. A dire vrai, Jacques Laffite ne comprenait pas toute l’effervescence que suscitait ce record insignifiant à ses yeux comparé à un record de victoires par exemple.

A 42 ans passé, « Jacquot » en était à sa treizième saison de F1. Malgré son âge avancé par rapport à ses concurrents il n’avait nullement l’intention d’arrêter sa carrière à la fin de l’année. Toujours en forme, il avait réussi un jolie début de saison au volant de la Ligier-Renault en décrochant deux podiums et en arrivant à trois autres reprises dans les points.

A l’extinction des feux, Thierry Boutsen se fait percuter par Jonathan Palmer ce qui envoie son Arrows contre le rail à gauche de la piste avant de rebondir et de couper la route de plusieurs voitures. Depuis sa position, Jacques Laffite voit bien la voiture de Boutsen en perdition mais roulant sur la partie droite il estime qu’elle ne constitue pas un obstacle sur sa trajectoire et il reste donc pied au plancher. Placé à sa gauche, Stefan Johansson n’a pas le même jugement que lui et, dans un mouvement réflexe, vire brutalement sur la droite contre la Ligier.

 Le pilote français ne peux plus rien faire et voit son bolide devenu incontrôlable se diriger droit vers le rail. Lui qui ne s’était jamais blessé en treize ans de F1 sait que là ça va faire mal. Au moment de l’impact, il ressent une vive douleur au bassin mais curieusement rien aux jambes. Pourtant Sid Watkins, le médecin de la F1 et Jonathan Palmer, diplômé de médecine lui aussi, constatent que ses tibias et ses chevilles sont gravement touchés.

Durant près d’une demi-heure, les secouristes vont s’affairer autour de l’épave de la Ligier pour désincarcérer le blessé. Les mécaniciens de l’équipe, les plus à même de dégager le pilote insistent pour intervenir mais ils sont gardés à distance derrière le cordon de sécurité. Finalement, l’un d’eux est enfin autorisé à passer et permet de dégager Laffite en démontant le pédalier. Celui-ci perd connaissance au moment où il est installé dans l’hélicoptère qui l’amène vers le Queen Mary Hospital de Sidcup.

Les radiographies livrent leur verdict: Cinq fractures au bassin, double fracture du tibia gauche, fracture ouverte à la jambe droite et surtout des calcanéums, les os du talon, en miettes. Ayant repris connaissance, Jacques exige d’être soigné par le professeur Emile Letournel qui s’est déjà occupé de Bernard Darniche, Patrick Depailler et Didier Pironi avant lui. Hélas, l’éminent professeur est en pleine tournée de conférences au Moyen-Orient et ne sera rentré à Paris que dans une semaine. Qu’à cela ne tienne, Jacques Laffite est platré du bassin aux chevilles en attendant d’être transféré à Paris cinq jours plus tard.

Finalement cette immobilisation forcée lui aura permis de se reposer et d’être en état de supporter une très longue opération de 16 heures durant laquelle Emile Letournel va patiemment reconstituer les éléments brisés du squelette de l’infortuné pilote tel un puzzle en 3D. Ainsi, il réassemblera les calcanéums brisés en 48 petits morceaux à l’aide de vis et de plaques. Il lui faudra 2 h 30 de travail pour l’un et 3 h pour le plus endommagé.

Après une longue période de convalescence, Jacques Laffite sera en mesure de faire ses premiers pas à Noël 1986 et retrouvera ses pleines capacités physiques. En revanche, pour ce qui est de la F1, cet accident aura marqué un coup d’arrêt définitif à son métier de pilote de Grand Prix. Il reprendra toutefois le volant dans des épreuves de Tourisme et d’Endurance et comme l’avait prédi Alain Prost dans les années 80, il raccrochera son casque bien après le quadruple champion du monde.

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